LE COSMOGRAMME KÔNGO REVISITÉ

Par Kiatezua L. Luyaluka, Ph.D. (hon.)

Un extrait tiré du livre intitulé Bukôngo publié chez Amazon.com

Nous devons attribuer à Fukiau le mérite d’avoir fait progresser la connaissance de la culture initiatique kôngo et d’avoir signalé à la communauté scientifique les vastes possibilités offertes par l’étude de cette culture africaine. Le graphique des visites de notre blog internet nous permet d’affirmer avec certitude que ses mentions du cosmogramme kôngo ont suscité beaucoup d’intérêt pour l’étude de la culture spirituelle de nos ancêtres, notamment dans la diaspora.

Figure 1: le cosmogramme kôngo selon Fukiau

Adapté de Fukiau (1994).

Cependant, la description que fait Fukiau du cosmogramme de kôngo est trop restrictive. Cela se voit dans le nom même de «cosmogramme», qui limite clairement la croix de kôngo à une description du cosmos. Ainsi, il appartient aux chercheurs venant après de développer la connaissance de la croix kôngo en partant des bases fixées par les différentes publications de Fukiau et toutes les contributions connexes mutatis mutandis.

Comme nous l’avons dit plus haut, l’expression «cosmogramme» fait allusion à une description du cosmos. Cependant, nous savons que dans la culture solaire, la religion sous-tend et renseigne tous les aspects de la vie. Ainsi, en tant que symbole résumant les enseignements du Bukôngo, la croix est essentiellement théologique et fait allusion à tout le spectre de la connaissance sous-tendue par la version kôngo de la religion solaire.

Figure 2: la croix ascensive des enseignements du mystère divin

Dans ses descriptions du cosmogramme kôngo, Fukiau a mis l’accent sur un seul type de croix kôngo: la croix kôngo ascensive, d’où son cosmogramme ne décrit qu’un mouvement de sens antihoraire. Nous avons vu plus haut qu’il existe trois sortes de croix dans le Bukôngo: la croix descensive de la chute de l’humanité, la croix descensive du mystère humain (qui entraîne la descente des plans célestes à ce plan terrestre), et la croix ascensive du mystère divin (qui était à la base de tout système de mystère humain).

Figure 3: la croix descensive de la chute de l’humanité et des enseignements du mystère humain

En outre, nous avons vu que les doctrines du mystère divin étaient au cœur de toute école d’enseignement initiatique chez les Besikôngo. Cette centralité du mystère divin se voit dans l’inclusion des enseignements divins dans le programme de Lêmba (l’académie des mystères civils) et de Kinkîmba (l’académie des mystères martiaux). Le résultat théologique de ceci est que la notion du Verbe est la base des enseignements de toute école de mystères parmi les Besikôngo. Par conséquent, la croix ascensive du mystère divin était à la base de l’initiation au mystère humain comme elle l’était au divin.

En limitant l’interprétation de la croix kôngo à la ligne cosmologique et de déroulement de la vie, Fukiau n’a pas réussi à mettre en évidence son lien étroit avec la théologie du Bukôngo. Nous avons vu que la croix kôngo n’est que la forme simplifiée ultime de la spirale. Ce dernier élément étant le résumé des enseignements du Bukôngo, la représentation symbolique de toutes les connaissances acquises par un initié dans la forêt [initiatique]. Ceci explique son utilisation dans le serment de silence et par les initiés kôngo comme rappel des uns aux autres des secrets initiatiques.

Nous avons dit plus haut que, comme dans l’Égypte ancienne, la religion était à la base de tous les aspects de la culture kôngo. Par conséquent, au lieu de se limiter à la ligne cosmologique et de déroulement de la vie, la croix kôngo, ultime simplification de la spirale, des enseignements de la religion des Besikôngo, doit être appréhendée dans le sens théologique, épistémologique, éthique, cosmogonique, cosmologique, de déroulement de la vie, et plus encore.

* Dans la ligne théologique, la croix Kôngo est le résumé des enseignements religieux légués par nos ancêtres. Le rite du serment de silence dans le Kinkîmba montre que la croix kôngo est ce qu’il faut au candidat pour devenir un Tafu-Maluânga, un Enfant manifeste de Dieu, une expression manifeste du Verbe, le Kitafu-Maluângu, appelé le Kimalungila dans le Kimpasi [et Kimahûngu dans le Lêmba]. La croix kôngo est le résumé du mystère divin du Bukôngo.

* Dans la ligne épistémologique, la croix Kôngo indique la liberté de l’âme par rapport au corps. Cette liberté permet à l’âme de pérégriner vers les plans supérieurs pour acquérir de nouvelles connaissances [des ancêtres illuminés]. L’exigence de ces «voyages» épistémologiques est la «mort» de la personnalité pécheresse. Ainsi, la croix kôngo épistémologique est dans le sens des aiguilles d’une montre. Elle indique tout d’abord le coucher du soleil comme l’abandon ou la mise au silence des sens matériels limitants. A travers le coucher du soleil (le point 4, voir figure 3), l’Ouest, elle conduit l’initié du côté 1 comme nseke, ce plan d’existence, vers le côté 2 comme mpêmba, le monde des saints ancêtres comme la véritable origine de nos connaissances scientifiques solaires supérieures, et ramène l’initié à nseke à travers le lever du soleil, l’Est (le point 3), avec une nouvelle lumière.

* Sur le plan éthique, la culture bantoue enseigne la notion d’ubûntu. L’éthique de l’ubûntu lie l’amour de soi à l’amour de la communauté. La base scientifique solaire de cette perception est démontrée par la théologie naturelle systématique comme étant le fait que le Verbe, la nature véritable du mûntu, est dans une double manifestation de la plénitude de la divinité qui demeure en lui et qui l’entoure. Ainsi, la croix, comme résumé de la spirale, indique l’élan du Verbe comme conduisant à l’élévation morale du mûntu et de sa communauté (Luyaluka, 2017a).

* Dans la lignée de la cosmogonie, la religion solaire enseigne que la création nécessite la descente du créateur vers une conscience temporelle. Cela implique le fait d’aller du point 1, de la lumière éternelle infinie, au coucher du soleil, le point 4, afin d’aider les enfants de Dieu déchus coincés dans l’obscurité au point 2. Du point 2, la création les conduit au point 3, au faible lumière du plan temporel. Ainsi, cette croix est dans le sens des aiguilles d’une montre.

* Dans la ligne du déroulement de la vie, la croix kôngo fait allusion à l’immortalité de la vie. Cela montre que la chute de l’humanité sur terre et l’ascension du mûntu vers sa divinité originelle se produit dans une succession de vies, bizingu, qui forment une spirale.

De tous ces arguments, il s’ensuit que la notion de la croix kôngo doit être appréhendée, au-delà de la perception cosmologique restrictive, comme le résumé de tous les enseignements religieux de la culture kôngo. C’est dans cette veine que les initiés kôngo utilisaient ce symbole: c’était pour eux un rappel de tous les enseignements qu’ils avaient reçus dans la forêt initiatique. La croix kôngo est un symbole épistémologique, théologique, cosmogonique, cosmologique, éthique, et plus encore.

Ceci est un extrait d’un livre intitulé BUKÔNGO (400 pages) publié sur http://www.amazon.com par Kiatezua L. Luyaluka, Ph.D. (hon.).

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