La religion traditionnelle négro-africaine en tant que science exacte

par

Kiatezua Lubanzadio Luyaluka, Ph. D. (hon.)

kiatezuall@yahoo.fr

Institut des Sciences Animiques

Kinshasa, République Démocratique du Congo

Vous vous demandez certes ce que nous entendons par le titre de cet article. Nous voulons vous précisément vous démontrer que la religion traditionnelle négro-africaine (RTNA) est une science aussi exacte, si pas plus, que les mathématiques ! 

S’il est difficile de définir c’est qu’une science, la définition d’une science exacte est une chose aisée. Les mathématique sont une science exacte pour la simple raison qu’elles procèdent par déduction. Car, selon les épistémologistes, la déduction est une forme de raisonnement où « il n’est pas possible que les prémisses soient vraies alors que la conclusion est fausse » (Ladyman 2002, 264). En d’autres termes, raisonner par déduction à partir des prémisses vraies vous donne la certitude absolue d’aboutir à des conclusions vraies.

La question est donc de savoir : peut-on énoncer les doctrines de la RTNA par une déduction à partir des prémisses vraies ? La réponse est sans ambages OUI. Mais avant de vous faire cette démonstration, il y a d’abord lieu de faire quelques précisions indispensables. 

Si la RTNA est une science exacte, elle doit être caractérisée par une unité théologique qui pourtant vous semble être contredite par la multitude des variantes de la RTNA. Ensuite il semble y avoir une absence totale des textes pouvant faire l’objet d’une étude herméneutique pour établir la scientificité de la RTNA. Pourtant ces difficultés ne sont pas incontournables. 

Nous partons ici des faits que nous avons déjà démontrés dans nos différents articles scientifiques, ainsi par soucis de concision nous ne les reprendrons pas ici mais nous vous donnerons les références indispensables à vos vérifications. 

Pour démontrer la scientificité de la RTNA nous partons de la religion kôngo, le Bukôngo, pour les raisons suivantes : 

• Il a été démontré que le Bukôngo procède de la même épistémologie que les anciennes civilisations d’Egypte et de Sumer. Une épistémologie que nous qualifions de solaire compte tenu de sa focalisation sur le divin, contrairement à l’épistémologie occidentale que nous appelons lunaire à cause de sa focalisation sur la matière comme la réalité ultime. (Luyaluka, 2016).

• Il a été démontré que les civilisations kôngo, sumérienne et égyptienne baignent dans une même religion, une religion d’épistémologie solaire dont les caractéristiques sont :

o La prépondérance, dans le système initiatique, du mystère divin sur les mystères humains (le civil et le martial).  

o Le monothéisme hiérarchique, une perception du théisme où le Très-haut trône au-dessus du créateur démiurge et d’autres dieux inférieurs qui sont ses manifestations.

o La présence de la notion du Verbe en tant que complétude divine de l’être dans et autour du mûntu, l’être humain. 

o L’existence des esprits. 

o L’intercession indispensable des ancêtres (Luyaluka, 2017a & 2017b).

• L’immersion des ethnies négro-africaines dans l’épistémologie solaire et leur migrations des confins du Proche-Orient vers le sud du Sahara implique que la religion solaire est la caractéristique principale initiale de leurs différentes cultures de sortes les différentes versions de la RTNA ne sont les dévolutions [1] de la religion solaire, religion qui a été conservée dans le Bukôngo (Luyaluka, 2017a & 2017b). 

• Il s’ensuit donc que démontrer la scientificité de la RTNA revient à démontrer la scientificité du Bukôngo. 

Nous avons dit ci-haut qu’une science est exacte dans la mesure où elle procède d’une démarche déductive. Que la religion solaire, c’est-à-dire le Bukôngo, est une science exacte implique donc que les caractéristiques de cette religion énoncées ci-dessus peuvent être démontrées par déduction à partir des prémisses vraies. 

Pour faire cette démonstration, nous prenons comme prémisses l’existence des individualités dans cet univers et la loi de la causalité [2]. Ces prémisses étant vraies, les conclusions obtenues par déduction à partir d’elles ne peuvent être que vraies (Ladyman, 2002). 

L’argument cosmologique kémétique (ACK) part de « la présence du cosmos vers un créateur du cosmos » (Thompson & Jackson, 2001, p. 2) ; la prémisse empirique de l’ACK est l’existence d’individualités dans cet univers. A partir de cette base, l’ACK évolue de manière déductive en utilisant la loi de causalité et du principe de raison suffisante. La théologie naturelle systématique peut être résumée comme suit [3] : 

• Étant constitué d’individualités, notre univers est une individualité; donc c’est une entité contingente.

• Selon la loi de causalité, il y a un être individuel nécessaire dont la présence explique la création de cet univers et l’inclut.

• Puisque ce créateur est un être individuel, il doit y avoir d’autres individualités nécessaires relatives comme lui ayant au moins une causalité créatrice potentielle.

• La possession des individualités par ces êtres nécessaires relatifs est une contingence; il y a donc une cause absolue qui inclut toutes les individualités nécessaires relatives.

• Etant le plus grand être possible, cette cause absolument nécessaire est l’Etre Suprême (le Père). 

• En tant qu’entité absolument infinie et sans aucune contingence, le Très-Haut est indivisible; ainsi chaque être nécessaire relatif (chaque Fils de Dieu), en tant que manifestation de l’individualité du Père, exprime sa plénitude, le Verbe. Le Verbe est donc en chaque Fils de Dieu et autour de chaque Fils de Dieu. 

Il découle de cette argument cosmologique que : 

• Puisque Dieu, le Père, inclut toute la réalité et qu’Il est sans contingence, le divin est prépondérant sur l’humain.

• Etant sans la moindre contingence le Père est transcendant, d’où la nécessité d’une hiérarchie des divinités qui inclut au sommet : 

o Le Dieu Très-haut

o Le créateur démiurge

o Le Verbe

• Etant la somme totale de la réalité et la cause ultime Dieu, le Père, est Esprit. L’Esprit est donc indivisible, car Il n’inclut aucune contingence ; d’où le Père, le Fils et le Verbe sont inséparables dans la substance, l’existence et l’action. Ceci est la trinité solaire ; elle implique le Père agit toujours par le Fils, ainsi chaque Fils de Dieu se manifeste en tant Esprit animant un aspect de la réalité (Luyaluka, 2016). 

• De la transcendance du Très-haut dictée par la religion solaire découle la nécessité de l’intercession des divinités inférieures et des ancêtres illuminés. 

Grâce donc à l’ACK les caractéristiques essentielles de la religion solaires, du Bukôngo, peuvent être démontrées scientifiquement. En outre, l’ACK débouche sur une cosmologie qui constitue à ce jour la seule « théorie du tout », une explication des dynamiques de l’univers aux niveaux astronomiques et subatomique par le déterminisme newtonien (Luyaluka, 2014 & 2017c). Cette cosmologie peut être déduite de cette manière :

• Etant sans contingence et indivisible, le plan nécessaire est éternel, d’où la création apparait dans une conscience temporelle. 

• Mais puisque le créateur est un être nécessaire, cette conscience temporelle est nécessairement illusoire dans sa limitation de la réalité.

• Puisque le Père inclut toute la réalité, étant absolument infini, cette conscience temporelle n’est qu’une perspective de la réalité divine. 

• Puisque le Créateur est un être nécessaire, que la conscience créatrice est temporelle, que le Verbe agit éternellement dans le créateur, le créateur est en mouvement retour vers la réalité céleste. 

• Etant la manifestation de la plénitude du Père, le Verbe est sans contingence et ne change pas. Ainsi, mu par une force constante, le mouvement du créateur vers la réalité est une accélération constante et isotrope puisque la réalité est partout.  

Cette conclusion permet à la cosmologie solaire de passer naturellement de la métaphysique à la physique et de nous donner l’explication la plus simple des dynamiques de l’univers sur les plans astronomique et subatomique, une « théorie du tout » solaire et holistique. 

• L’ACK nous a montré que cet univers temporel se trouve dans la conscience du créateur. 

• La création est donc un plan de salut pour sauver les Fils de Dieu qui sont tombé dans une conscience enténébrées et chaotique suite à un mauvais usage de leur libre arbitre, cette chute des mortels, les Fils de Dieu déchus, s’explique par le fait que le plan céleste n’inclut aucune contingence.

• Si le créateur descendait au même état de conscience que les mortels il perdrait l’activité manifeste du Verbe en lui et serait incapable de créer. La création a donc lieu sur le plan intermédiaire le plus élevé. Et ceci révèle l’existence de plusieurs plans temporels [4]. 

• Ainsi existe-t-il un espace-temps absolu, qui englobe tous les plans temporels et intermédiaires, et un espace-temps relatif, qui implique la manifestation de la perspective de la réalité sur chacun de ces plans. Notre espace-temps relatif est celui où se déroulent toutes nos perceptions physiques. Nous vivons donc dans l’espace-temps relatif et subissons les effets de l’espace-temps absolu. 

• Puisque le créateur accélère vers la réalité, l’espace-temps absolu accélère nécessairement vers le néant (ou plus précisément, selon les Egyptiens, vers sont état potentiel d’existence, le noun), tandis que notre espace-temps relatif, la perception de la réalité telle qu’elle s’offre à nous, s’accélère vers l’infini. Naturellement, conditionnées par celle du créateur, ses accélérations sont isotropes. 

L’accélération de l’espace-temps absolu vers le néant se répercute sur notre univers temporel comme la gravitation, la translation, la rotation et l’équilibre des corps sur les plans astronomiques et subatomiques ; cette affirmation a été mathématiquement vérifiée et la démonstration prouve que les dynamiques de l’univers obéissent au déterminisme newtonien (Luyaluka, 2014 & 2017c).

La cosmologie solaire est la seule « théorie du tout » qui répond valablement aux grandes questions auxquelles la cosmologie moderne (la relativité générale et la physique quantique) tente en vain de donner une réponse (Jones & Robbins, 2010) :

• Qu’est ce qui a subit l’inflation initiale ?

o La cosmologie solaire démontre clairement que les conditions qui précèdent la création sont caractérisées par les ténèbres et le chaos puisqu’en se séparant plan céleste les Fils de Dieu égarés, les mortels, se sont séparés de l’ordre et de la lumière réels. 

o La création a consistait donc en une explosion de lumière et à aider les esprits non-incarnés, qu’étaient les mortels, à prendre forme. 

• Pourquoi la matière existe ?

o L’ACK a démontré que la limitation de la réalité sur le plan temporel n’est qu’une illusion, car la réalité est nécessaire, non-contingente et transcendante.  

o Puisque le Père est absolument sans contingence et que l’illusion de la limitation n’apparait que dans la conscience temporelle des mortels, ceux-ci ne perdent pas totalement le sens de leur substantialité. La matière est donc une manifestation limitée de la substance divine, la somme totale de la réalité. 

• Pourquoi y a-t-il un grand écart entre les forces nucléaires et la gravitation ?

o Si nous prenons deux points matériels A et B séparés par une distance r, la gravitation entre ces deux point est le résultat de l’accélération du plan les contenant, suite à l’accélération de l’espace-temps absolu. Tandis que les forces nucléaires de chacun des points sont les résultats de l’accélération du volume qui les contient, suite à l’accélération de l’espace-temps absolu vers le néant. 

o En outre la règle de la proportionnalité inverse au carré de distance amoindrit plus les forces gravitationnelles. 

• Quid de l’existence de la matière noire, l’énergie noire, de singularités, d’inflation et des trous noirs ?

o Pendant que l’accélération de l’espace-temps absolu provoque la gravitation dans l’univers temporel, l’accélération de l’espace-temps relatif vers l’infini provoque une gravitation inverse qui est très faible, mais à l’échelle astronomique elle devient décelable en tant qu’expansion de l’univers.

o Contrairement à la relativité générale, il n’est pas donc nécessaire de postuler l’existence de l’antimatière, ni de l’énergie noire, ni des singularités, ni de l’inflation, ni des trous noirs. 

• Pourquoi le temps semble aller toujours de l’avant ?

o Parce que l’accélération du créateur vers la réalité est univoque, d’où notre expérience du temps l’est aussi, car elle dépend de l’accélération de l’espace temps absolu vers le néant.

• Quelle est la limite de l’univers temporel ?

o L’univers n’est pas infini puisque, selon l’ACK, il est inclut dans l’espace-temps absolu qui à son tour est inclut dans la conscience temporelle du créateur démiurge. 

o L’expansion des univers temporels ne peut pas aller à l’infini, car plus elle se produit, plus ceux-ci tendent vers le noun ; en d’autres termes plus on avance vers l’infini plus la matière (qui en réalité n’est pas une substance mais un sens temporel de limitation de la substance, l’Esprit) tend vers son néant.

• Qu’adviendra-t-il à la fin de l’univers,

o Les conditions matérielles de l’existence reviendront à l’état potentiel de l’existence, le noun. Car l’existence du noun est inéluctablement éternelle comme possibilité de l’exercice du libre arbitre par les Fils de Dieu.  

A ceux qui rechignent et pensent que cette démonstration pour être valable devrait être nécessairement mathématique, nous leur répondons que la cosmologie moderne (relativité général et physique quantique) commence par des spéculations mathématiques qui pour leur validité doivent ensuite s’appuyer sur des vérifications empiriques. Nous avons commencé par des faits empiriques (l’existence des individualités et la loi de la causalité) qui par déduction nous ont amenés à des conclusions concernant les dynamiques de cet univers qui ont été vérifiés mathématiquement (Luyaluka, 2014 & 2017c). 

C’est donc la cosmologie solaire qui est l’approche la plus scientifique, car elle commence et termine par la déduction ; aucun scientifique nanti de la connaissance de la logique et de l’épistémologie ne peut nous reprocher de ne pas recourir à la spéculation. 

Le lecteur aura donc compris par notre démonstration que la religion traditionnelle négro-africaine (RTNA) est une science exacte ; car comme illustré à travers le Bukôngo, la religion kôngo, dont les différentes variantes de la RTNA ne sont que des dévolutions, les doctrines de la religion solaire peuvent être énoncées d’une manière déductive à partir des prémisses vraies. En outre ces doctrines aboutissent à une cosmologie dont les conclusions concernant les dynamiques de l’univers aux niveaux astronomique et subatomique sont mathématiquement vérifiables. 

Il s’ensuit donc que la RTNA est même d’une scientificité plus exacte que les mathématiques ! Car, outre leurs postulats, les mathématiques dépendent de notre acceptation de leurs conventions de bases ; conventions telles que : zéro exposant zéro et zéro factoriel égalent 1. S’il existe dans le multivers un univers où ces conventions ne sont pas acceptées, nos mathématiques n’y sont pas du tout valables alors l’ACK l’est nécessairement. 

Notes  

[1] Dévolution : évolution négative par perte d’éléments essentiels. 

[2] Ceux qui ont une connaissance de la physique quantique peuvent se précipiter à nous faire voir que cette science échappe à la loi de la causalité. Nous leur faisons remarquer que l’argument cosmologique kémétique que nous développons démontre que les éléments subatomiques sont des vraies particules sur des trajectoires ondulatoires (Luyaluka, 2014). L’objection de la physique quantique n’est pas valable, à moins que les partisans de cette science ne démontrent la fausseté de notre démonstration, ce qui n’a pas encore été fait. 

[3] Les mots « père », « fils », « homme » sont utilisés pour transmettre la signification des mots kôngo se, mwana et mûntu qui peuvent être utilisés pour les personnes des deux sexes.

[4] Egyptiens parlaient d’un ciel, de sept cieux et d’une terre, ce qui implique l’existence de huit plans intermédiaires.

Références

Thompson, B., & Jackson, W. (2001). The Case for the existence of God. Montgomery: Apologetics Press Inc.

Jones, A. Z. & Robbins, D. (2010). String theory for dummies. Indianapolis : Wiley. 

Ladyman, J. (2002). Understanding philosophy of science. London, England : Routledge.

Luyaluka, K. L. (2014). Religion and science conversion possibility : Towards the formulation of a systematic theodicy of the African traditional religion and its reinterpretation of empirical cosmology. Journal of Pan African Studies, 7(7), 108-139.

Luyaluka, K. L. (2016). An Essay on Naturalized Epistemology of African Indigenous Knowledge. Journal of Back Studies. 47(6), 497-523.

Luyaluka, K. L. (2017a). African Indigenous Religion and Its Ancient Model Reflections of Kongo Hierarchical Monotheism. Journal of Black Studies, 48(2), 165-189.

Luyaluka, K. L. (2017b). The Elucidation of Africanness in Christianity Through Hierarchical Monotheism and Its Redefinition of Black Theology. Black theology, an international journal, 15(3), 257–278 

Luyaluka, K. L. (2017c). The Solar Cosmological Interpretation of the Egyptian Nut, Shu, Geb Scene. Saudi Journal of Humanities and Social Sciences, 2(8), 669-676.